En garde !

Photo prise lors de la fête des corsaires à St Malo, Bretagne en 2022
Qui n’a pas rêvé en étant enfant de se prendre pour Zorro ou d’Artagnan ? Qui ne s’est pas émerveillé devant une scène de duel dans Pirates des caraïbes ?
Aujourd’hui, j’aimerais vous faire découvrir une activité sportive qui révèlera votre âme d’enfant. Cette discipline qui mêle à la fois la pratique sportive et artistique s’appelle : l’escrime artistique, sport que je pratique depuis près de vingt-cinq ans.
Cette discipline méconnue a été créée par l’académie des armes de France, il y a une trentaine d’années.
Info
L’académie d’armes de France est une institution plus ancienne que l’académie française. Elle a été créée sous le règne de Charles IX au XVIe siècle. Depuis quatre siècles, cette association des maîtres d’armes de France a pour but la promotion de l’escrime sportive et artistique en étroite collaboration avec la fédération française d’escrime
À l’époque, les maîtres d’armes M. Olivier et M. Claude Carliez en ont été à l’initiative.
Note
Claude Carliez est une figure légendaire de l’escrime de spectacle. Ce maître d’armes et cascadeur a chorégraphié les combats de plus de 200 films, travaillant avec Jean Marais comme Jean-Paul Belmondo. Son influence sur l’escrime artistique française est immense. Découvrir sa filmographie sur Wikipédia.
La fédération française d’escrime a repris cette activité au même titre que l’escrime sportive (vous savez, ce qui est médiatisé uniquement pendant les Jeux Olympiques) et le sabre laser (une nouvelle discipline d’escrime basée sur l’univers de Star Wars).
En quoi consiste cette activité sportive ?
Cette activité mêle à la fois les techniques martiales enseignées depuis plusieurs centaines d’années et le côté artistique en proposant des chorégraphies codifiées comme le propose la danse classique.
Contrairement à l’escrime dite sportive : rien n’est improvisé, tout le combat et les phrases d’armes sont chorégraphiés. En effet, pendant l’entraînement comme pendant la représentation, notre seule protection, ce sont nos gants que nous portons. Ainsi, les bretteurs ne sont pas des opposants mais des partenaires et exigent une concentration et une confiance mutuelle.
Bien entendu, les armes utilisées ne sont pas létales : elles ne sont ni tranchantes ni pointues (elles ont une mouche à la pointe ou un bouton) mais peuvent tout de même blesser notre partenaire si une erreur d’inattention a lieu pendant la chorégraphie.
Le but de cette activité est de faire un spectacle sur scène ou en situation de rue pour démontrer la chorégraphie en costume. Des phases de comédie y sont ajoutées pour rendre le spectacle plus compréhensible.
Quelles armes sont utilisées ?
L’escrime artistique permet de manier une grande variété d’armes selon l’époque représentée :
- Bâton français : Bâton en bois de noisetier, utilisé depuis le Moyen Âge
- Épée à deux mains : Arme médiévale massive, maniée à deux mains. Idéale pour les reconstitutions du XIe au XVe siècle.
- Épée et bouclier : Combinaison classique du combattant médiéval ou viking
- Rapière: Arme fine et élégante du XVIe-XVIIe siècle, emblématique des mousquetaires.
- Rapière et dague (main gauche) : La dague servait à parer les coups. Technique exigeante mais spectaculaire.
- Sabre : Arme courbe privilégiant les attaques de taille, utilisée pour les époques napoléonienne ou pirate (le sabre est alors plus court et est appelé cuillère à pot)
- Épée de cour : Arme fine et flexible et qui n’a pas de tranchant. Elle est uniquement utilisée pour des coups en pointe, typique du XVIIIe siècle, époque Louis XV.
- Sabre laser : Pour les reconstitutions de l’univers Star Wars, discipline reconnue par la FFE depuis 2019.
Chaque arme possède sa propre gestuelle et ses techniques spécifiques, ce qui renouvelle constamment l’apprentissage. Pour ma part, mes armes favorites sont le bâton français pour sa rapidité d’exécution, la dague et rapière pour l’utilisation des deux armes qui permettent de multiplier les possibilités et l’épée de cour pour la beauté du geste.
Il existe des championnats de France et même du monde de cette discipline.
En phase de championnat, les participants sont notés aussi bien sur la technique utilisée que sur la mise en scène ou encore les costumes utilisés. Il existe plusieurs catégories possibles:
- Solo - cela se rapproche d’un kata en karaté,
- duo - deux opposants sont sur scène pour les scènes de combat, mais il peut y avoir des personnages supplémentaires pour les phases de comédie,
- troupe : dans ce cas plus de trois personnes sont sur scène pour les phases de combat.
L’univers choisi influera sur le choix des armes pour une meilleure représentation historique.
Par exemple, des combats médiévaux à l’épée à deux mains, hache et bouclier ou époque mousquetaire avec des combats à la rapière voire rapière et dague voire même des sabres laser pour une représentation d’une scène de Star Wars…
Lors de ces championnats, c’est l’occasion de voir et de s’émerveiller devant des combats et techniques différentes. La créativité et la mise en scène sont des aspects importants de ces représentations de troupes venues de toute la France.
Par exemple, je vous conseille de regarder cette saynète issue des championnats de France de 2020 remportés par des copains du club de Cesson Sévigné (35).
Comment se déroule un entraînement ?
L’enseignement de cette discipline se fait généralement dans une salle d’armes. Le maître d’armes ou le prévôt enseigne leur art sous forme de fondamentaux, c’est-à-dire des déplacements codifiés (passe avant, retraite, fente…) tout en effectuant des mouvements d’armes pour simuler des attaques en pointe ou de taille, ou des parades.

Cette phase permet de comprendre le vocabulaire tout en s’imprégnant des mouvements à effectuer.
Info
Les attaques de taille correspondent aux attaques qui permettent d’utiliser le tranchant de l’épée. Ce sont des techniques issues des temps médiévaux où les épées étaient utilisées essentiellement pour trancher.
Les attaques de pointes dites d’estoc sont des attaques effectuées avec la pointe de l’épée ou du fleuret.
En fonction du type d’arme utilisée, il est possible d’effectuer l’une ou l’autre voire les deux. Ainsi, le fleuret ou l’épée de cour sont des armes d’estoc, il n’y a pas de tranchant. Contrairement au sabre ou à l’épée à deux mains qui sont utilisés uniquement pour des attaques de taille.
La seule arme permettant de faire les deux types d’attaques sont les épées ou les rapières.
D’autres exercices sont proposés pour apprendre de nouvelles techniques d’attaques ou de parades en apprenant une phrase d’armes sous forme d’une chorégraphie.
La préparation d’une chorégraphie pour un spectacle ou pour un championnat nécessite une phase de création. C’est la partie la plus intéressante où les partenaires définissent l’univers du combat, le contexte du duel, les participants, et surtout le combat avec ses différentes phases. Pour vous donner une idée de la complexité de cet exercice, il est nécessaire d’avoir une vingtaine d’heures de répétition pour démontrer 1 minute de combat lors du spectacle afin que le spectateur ait la sensation de vivre un duel en direct.
Info
L’avantage de cette activité est qu’elle ne nécessite aucun matériel particulier. Vous pouvez la pratiquer lors des entraînements en survêtement (il est conseillé d’y venir en pantalon) et le seul équipement obligatoire est une paire de gants en cuir. (Je conseille d’ailleurs les gants de soudeur qui sont en cuir et très solides pour les entraînements). Pour les représentations, il sera nécessaire de s’équiper avec un costume correspondant à votre personnage.
Maintenant que vous avez un aperçu de ce qu’est cette discipline, laissez-moi vous raconter mon parcours personnel et pourquoi j’ai choisi de pratiquer ce sport.
Et toi, comment as-tu connu cette activité ?
J’ai la chance d’avoir découvert cette discipline grâce à mon ami Eric Garnier qui m’avait convié lors d’une démonstration en 2001 ! En assistant à cette représentation, je me suis émerveillé et ai retourné en enfance. J’adore depuis tout petit les films de capes et d’épées comme les films d’aventures.
Eric m’a proposé de rejoindre le club où il prenait ses cours. Je me suis donc inscrit au club de Cyrano de Châteaugiron (au sud de Rennes) pour m’initier. Ce club a été créé par le Maître d’armes Yves Mignard en 1983 où il enseignait des chorégraphies avec plusieurs types d’armes différentes (épées à deux mains médiévales, la rapière et de la main gauche). Le cadre était magnifique : nos cours étaient dispensés dans la chapelle de Châteaugiron juste en face du donjon médiéval.
Note
La particularité de cette salle à l’époque était qu’elle avait été aménagée en cinéma pendant la seconde guerre mondiale. De ce fait, elle n’avait pas un plancher droit mais plutôt en pente et disposait d’une scène.
Le fait de manier des armes différentes m’a tout de suite plu. Le plus dur était de comprendre les instructions pour un novice comme moi sans compter la synchronisation nécessaire entre les mouvements de jambe et les attaques ou parades correspondantes.

Après un an passé dans le club de Châteaugiron, j’ai préféré trouver un club à proximité de mon domicile. Et c’est pour cela que j’ai rejoint la section escrime artistique du club de Cesson Sévigné animé par le maître Didier Le Gall. Depuis 2002, je suis licencié dans ce club (et depuis 2024, au club ACE suite à la liquidation du club originel).
J’ai aussi eu la chance, il y a une vingtaine d’années, d’assister à des stages animés par des pointures comme Maître Jean Promart (j’ai son livre dédicacé à la maison), Maître Pradel et surtout Maître Claude Carliez. Je me souviens d’avoir fait deux stages avec lui. C’était une superbe expérience et j’en garde de très bons souvenirs.

J’ai aussi rejoint les lances de Bretagne, troupe médiévale du XVe siècle recréant les conditions d’un camp d’un seigneur et son ban. C’était une expérience extraordinaire où nous reconstituions les conditions d’un camp militaire d’un seigneur et de ses hommes d’armes. C’est une expérience hors du commun de vivre dans un château à la tombée de la nuit sans touriste à l’horizon.
Et grâce à Maître Didier Le Gall, j’ai pu participer à différents évènements:
- Court métrage “Silence !” d’Arnaud Leray avec Didier Le Gall comme acteur principal.
- Différentes représentations lors d’évènements à Cesson Sévigné ou à Rennes
- La fête des corsaires à St Malo où j’incarne « Cul-de-bouteille » fameux corsaire de l’équipage du Captain Popi.
J’ai aussi été bénévole au festival Ouescrime dont la seconde édition se déroulera en 2026 à Rennes. C’est un festival autour de l’escrime sous toutes les formes : BD, romans, films et surtout un gala regroupant plusieurs duels de troupes différentes venant de toute la France.
Qu’est-ce que ça t’apporte ?
Malgré mes vingt-cinq ans de pratique, j’apprends et perfectionne encore mes techniques de combat. Cette discipline m’apporte énormément sur plusieurs plans.
Sur le plan physique, l’escrime artistique sollicite tout le corps. Les déplacements travaillent les jambes et le cardio, tandis que le maniement des armes renforce les bras et les épaules. La coordination entre les mouvements de jambes et les actions d’armes développe l’équilibre et la proprioception. Lors des phases de création, nous répétons au ralenti pour apprendre la chorégraphie jusqu’à ce qu’elle devienne naturelle. Au fur et à mesure des entraînements, nous augmentons la vitesse d’exécution. Il faut alors avoir un bon cardio pour tenir une chorégraphie qui peut durer jusqu’à trois minutes.
Sur le plan mental, ce sport exige une concentration intense. Une seule erreur d’inattention peut blesser son partenaire. La mémorisation des phrases d’armes stimule la mémoire, et la créativité est constamment sollicitée lors de la conception des chorégraphies. C’est aussi un excellent moyen de gérer le stress : sur scène, il faut rester calme et concentré malgré le regard du public.
Sur le plan social, l’escrime artistique crée des liens forts. La confiance mutuelle entre partenaires est essentielle : on confie littéralement son intégrité physique à l’autre. Les répétitions en troupe forgent un véritable esprit d’équipe. J’ai rencontré des personnes formidables dans ce milieu, certaines devenues des amis proches.
C’est un sport qui me convient car il n’y a pas de compétition individuelle au sens classique (je ne participe pas aux championnats) et il me permet d’endosser différents rôles en fonction des spectacles : tantôt mousquetaire, tantôt viking, tantôt corsaire…
Envie d’essayer ?
Pour trouver un club près de chez vous, consultez l’annuaire de la Fédération française d’escrime. De nombreux clubs proposent des séances d’essai gratuites. Et si vous êtes dans la région rennaise, plusieurs clubs vous accueillent :
- Cyrano à Châteaugiron
- REC à Rennes
- ACE à Cesson-Sévigné
Alors, prêt à dégainer ? En garde !
Pour aller plus loin
Romans et BD
- Le maître d’escrime d’Arturo Pérez-Reverte
- De cape et de crocs (12 volumes, en alexandrins)
- Le scorpion, avec des mouvements d’escrime réalistes
Films
- Les duellistes de Ridley Scott
- Le bossu, combats réglés par Claude Carliez
Événements
- Festival Ouescrime à Rennes (2026)
- La fête des corsaires à Saint-Malo
Chaînes YouTube
- Entrer en lices - Histoire des armes
- Histoire Appliquée - Reconstitution historique